Histoires d'Europe International Non classé

Quand la loi est injuste…

Gemma a un plan. Elle veut aider les demandeurs d’asile bloqués dans les camps à franchir les frontières de la route des Balkans. En immersion, Arantza Diez, transporte le spectateur au cœur de ce parcours périlleux.

Une voiture. A son bord, cinq passagers. Ils sont inquiets. Ils sont nerveux. Le suspense est insoutenable. La barrière se lève et se referme derrière eux. La voiture avance. Progressivement la tension s’apaise. Puis vient l’explosion de joie. Ils sourient, ils crient, ils s’embrassent. C’est la délivrance. Ils viennent de franchir la frontière serbo-croate.

Ce récit est celui de milliers de réfugiés. Ici, celui de trois familles, exfiltrées des camps par Gemma. Infirmière catalane au quotidien, elle revêt sa cape de « trafiquante gratuite », le temps d’un périple à travers l’Europe. Une véritable « petite héroïne de la vie », selon un spectateur qui s’exprimera à l’issue de la projection.

« Pour les gens, mais aussi pour dénoncer l’attitude de l’Europe »

Grèce, Macédoine, Serbie, Croatie, Slovénie, Italie, France, Espagne. Huit pays, quatre postes de contrôle, 2 600 kilomètres, le tout filmé par une caméra embarquée. Arantza Diez, la réalisatrice, entraîne le public à travers ce périple, depuis le premier tracé de l’itinéraire. Il est alors question des préparatifs des réfugiés. « Nous avons dû les peindre en blanc pour qu’ils puissent rentrer en Europe. C’est dégradant », explique la Catalane, qui a également pris le temps d’acheter des vêtements pour les familles.

« Je fais ça pour les gens, mais aussi pour dénoncer l’attitude de l’Europe », ajoute-t-elle, lassée par la passivité de l’Union Européenne. Pour elle, ce documentaire c’est « plus qu’une histoire de réfugiés. Il s’agit de comprendre comment les européens traitent le problème ». Bénévole médicale dans un camp de migrants en Macédoine, Gemma a été frappée par leurs conditions d’enfermement. Chaque soir, elle voyait les familles se préparer à traverser la frontière, pour disparaître dans la nuit. Et chaque matin, ces mêmes personnes réintégraient le camp, arrêtées par les autorités. Cette petite fille de résistant pendant la Guerre d’Espagne s’est profondément sentie connectée à son passé.

Une histoire de solidarité

Plus qu’un récit de réfugiés, c’est un récit de solidarité, « preuve que l’internationalisme existe encore ». Pour faire le voyage, Gemma mobilise des soutiens, aux quatre coins de l’Europe. « Comme un miracle. Il y a des personnes qui apparaissent au fur et à mesure et qui en contactent d’autres. Comme une toile qui se tisse ». Ils ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés et pourtant agissent de concert. Ils parlent le même langage, contre le racisme, contre les frontières, pour la défense de l’être humain.

A l’écran, migrants et activistes se serrent les coudes, se câlinent, s’embrassent. Ils ont peur, c’est vrai, mais partagent surtout beaucoup de moments de vie et de bonheur. Comme cette joie communicative lors du passage des frontières. « C’est un rêve. Ils n’y croient pas », explique le mari de Gemma, actif aux cotés de sa femme. « Ça me fait plaisir de l’appeler maman », confie même l’un des enfants en parlant de la soignante. D’ailleurs, lorsque cette dernière se retrouve emprisonnée en Serbie avec son conjoint, les familles de migrants n’hésitent pas à proposer d’aller en prison à leur place. Car pour tous, « quand la loi est injuste, il faut la violer ».

Emilie Barthe

Gemma a un plan. 1h15. 2021. Espagne. La Gemma té un pla. Arantza Diez.

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