Documentaire musical La vie du festival

Lever de rideau et musique cubaine

Quelques notes enjouées de laúd cubain, des accords entraînants de guitare flamenco, la voix réconfortante de Compay Segundo… Comme chaque année le FIPADOC s’ouvre en musique.

Sur le parvis de la Gare du Midi de Biarritz, garée, une vénérable berline américaine semble se prélasser, s’offrant aux regards des curieux. Sa carrosserie bleu canard rappelle les rues chaleureuses de la Havane, son macadam brûlant où circulent ses nonchalantes automobiles, héritières des années cinquante. Ce soir, Cuba est à l’honneur.

De l’autre côté de l’Atlantique, sur les rivages biarrots aux températures moins douces, le tapis rouge est déroulé. Le FIPADOC va commencer. Avec leur abécédaire d’ouverture, la présidente Anne Georget et la directrice générale Christine Camdessus égraineront les noms des partenaires, des catégories et de leur jury pour s’arrêter sur le « W ». « Un double W serait plus approprié », s’amuse la présidente, le film inaugural étant une réalisation de l’Allemand Wim Wenders : Buena Vista Social Club, ou l’aventure en 1996 de l’enregistrement de l’album du groupe du même nom.

Contre l’oubli

Certainement un des albums de musique cubaine les plus connus au monde, Buena Vista Social Club met à l’honneur ces campesinos, musiciens cubains, qui ont laissé une trace indélébile sur la culture sonore pré-revolutionnaire. Porté par le guitariste américain Ry Cooder et le président de la maison de disque World Record Nick Gold, ce projet un peu fou a mis sur le devant de la scène musicale ces soneros légendaires des années trente, quarante et cinquante. S’il a contribué sans aucun doute à la notoriété de l’album, ce documentaire de 1999 met en avant un aspect majeur du projet : sans ce disque, ces musiciens si brillants auraient probablement été oubliés.

Entre interviews, séquences en studios, captations de concerts, s’expriment Ibrahim Ferrer, Cumpay Segundo, Barbaro « Barbarito » Torres ou encore Rubén Gonzáles. Le regard bienveillant de Wim Wenders s’attarde sur chaque membre du groupe, son histoire et sa personnalité. Une série de portraits attachants et colorés se compose en musique.

Réchauffer les cœurs

Film musical oblige, la bande-son prend toute sa valeur. Exclusivement composée des morceaux joués par le groupe, l’ambiance sonore enfièvre les séquences quotidiennes captées par l’objectif. Une vivacité accentuée par le choix de mettre en musique le documentaire avec de sessions d’enregistrement groupé, chaque instrumentiste joue en même temps dans le studio, ou lors de concerts. Avec un sourire, une inflexion de voix impromptue ou un regard vers un ami, ces live révèlent chaque membre du groupe bien plus qu’une interview et sont indispensables à la dimension organique de l’œuvre. On se surprend alors à battre la mesure avec son pied, à taper dans ses mains au rythme du désormais célèbre Chan Chan ou de Quizás.

Véritable ode à la musique et surtout aux musiciens, le documentaire de Wim Wenders offre un œil et une oreille sur un passé qu’il faut garder vivant. Voir Buena Vista Social Club c’est partir à la rencontre de passionnés, de grands musiciens, d’amoureux de la musique et de la vie. Rien de tel pour réchauffer les cœurs par ce froid hivernal.

Lucas Zaï-Gillot

photo : Anne Georget (à gauche) et Christine Camdessus (à droite) lors de leurs discours d’ouverture du festival.

L’album Buena Vista Social Club est disponible en version remastérisée sur les plateformes de streaming

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