court-métrage Critiques France

Les belles histoires des tapissiers Patard

Ouverte en 1948, la tapisserie Patard et les cinq générations d’artisans qui s’y sont succédé ont vu leur quartier du 18e arrondissement de Paris évoluer au fil des décennies. Julia Mourri et Clément Boxebeld filment La longue histoire des tapissiers Patard et racontent des histoires, d’artisans, de quartier et d’amour. Coup de cœur. 

Une histoire d’artiSAns
Plus de 70 ans que cette boutique est ouverte, et certainement autant d’années qu’elle se garnit de tissus, de fils et d’épingles. Impossible pour le quidam de s’y retrouver, seule Madame Patard s’y faufile sans s’y perdre. C’est elle qui ouvre et tient le magasin, pendant que son mari, de l’autre côté de la rue, s’affaire dans l’atelier. Ils travaillent à la main, à l’ancienne. La gérante l’avoue, plus personne ne s’y prend comme eux aujourd’hui. Ce sont de véritables artisans. Pas des artistes, ni des grands créateurs, pas non plus des illuminés qui perpétuent des traditions désuètes.

Une histoire de quartier
Pourtant, à leurs débuts, ils étaient loin d’être seuls dans ce quartier. S’y activaient des bouchers, des coiffeurs, une mercerie, se souvient Madame Patard. Les échoppes ont baissé leur rideau, faute de repreneurs. Des habitations leur ont été préféré. Avec la ville qui explose, c’est une vie de quartier qui disparaît peu à peu. Ici comme partout ailleurs. Et à son tour, la tapisserie est en danger : le loyer du bail commercial va doubler. Une pétition signée par les clients et envoyée au maire d’arrondissement veut sauver les Patard. Oui, les sauver. Car à 84 et 90 ans, leur retraite serait une petite mort. 

Une histoire d’amour
L’amour est peut-être le liant de toute leur histoire. Une passion pour le travail bien fait d’abord, le plaisir de piquer et recoudre à la perfection, puis le sourire d’un client satisfait. Mais plus encore, l’amour de l’autre. Cela ne saute pas aux yeux, pensent-ils sûrement, quand ils s’appellent “Monsieur” ou “Madame” en présence de clients, ou quand Monsieur traverse la rue pour s’agacer contre Madame d’un coussin décousu. Ces deux-là se sont rencontrés dans un café de Montmartre puis s’y sont recroisés, par hasard, et monsieur a dit : “Maintenant que je vous ai retrouvée, je ne vous quitterai plus”.  

Une histoire tout court
En sept minutes, Julia Mourri et Clément Boxebeld parlent de tout et racontent en fait une histoire de la vie, avec quelques personnages hauts en couleur dans un quotidien qui détonne. Lui, veste boutonnée et casquette vissée sur la tête, dévore une boîte de bonbons Quality Street. Elle, robe à fleurs, hissée sur talons, danse le paso doble dans sa boutique quand elle ne trifouille pas dans ses bobines et ses tissus. Monsieur Farès, le chien, un peu pataud, les poils lui couvrant les yeux et les pattes qui glissent, tire péniblement sa maîtresse quand ils partent en balade. Tout est précieux, touchant, sensible. Tout est beau, délicat, et grâce à ce film, presque éternel. 

Louis Faurent

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