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La Brenva en hiver, rêve et cauchemar enneigés

Jean Vincendon et François Henry ont toujours vécu loin des montagnes. L’idée de les gravir les fascinait. Dans La Brenva en hiver, Thibaut Sichet nous laisse découvrir les images d’archives de cet hiver 1956. En 19 minutes, il retrace la palpitante et tragique aventure.

1956. En cet hiver ensoleillé, deux étudiants, Jean Vincendon et François Henry, découvrent les Alpes à Chamonix, au pied d’un Mont-Blanc qu’ils rêvent de conquérir. Les bribes de voix du réalisateur-narrateur bercent le spectateur. Lui aussi cèderait bien à l’appel de la liberté.

Une expédition à l’accent italien

Cordes rudimentaires, chaussures fragiles et simple béret en guise de couvre-chef, l’aventure débute sous le signe de la légèreté. Mais ce matériel daté des années 1950 fait de l’ascension du plus haut mont d’Europe une épreuve dantesque. Les acolytes choisissent d’attaquer le monstre sur son versant Sud-Est en vallée d’Aoste, par la voie dite de l’éperon de la Brenva. Si la piste est tracée depuis juillet 1865, une cordée hivernale reste périlleuse.

Le 24 décembre, les deux amis se lancent vers le sommet. Mais à mesure que les pentes se raidissent, le temps se gâte, obligeant les novices à rebrousser chemin le soir même. Une rencontre surprenante va raviver l’espoir. Le duo croise la route du légendaire Walter Bonatti ; cet alpiniste italien faisait partie de l’équipe qui atteignit pour la première fois, en 1954, les 8 611 mètres du K2, deuxième plus haut sommet du monde. Après avoir un temps considéré la voie de la Poire, jamais gravie en hiver, Vincendon et Henry reprennent celle de la Brenva, bientôt rejoints par les Italiens.

Réveillon de glace

Prisonniers des vents et des glaces / ©ThibaultSichert

Les conditions sont particulièrement inhospitalières. La nuit de Noël, le mercure indique -30°C. Les gifles glacées de la tempête alpine étouffent la détresse des garçons. Bonatti parvient à les récupérer in extremis. L’équipage avance péniblement sur les flancs immaculés, dans un calme oppressant. Mais rapidement, la résilience des Transalpins va avoir raison de l’inexpérience de Vincendon et Henry. Les cordées se séparent et jamais plus ne se recroiseront. Les images restaurées sont vertigineuses.

Les Italiens qui parviennent à gagner un refuge, n’ont plus trace des garçons. Épuisés et bloqués, ils courent un grave danger. L’inquiétude gagne la vallée. Leur camarade Claude Dufourmantelle, se lance à leur recherche, avant de redescendre, contraint par la rudesse du temps. Le manque d’organisation est palpable. Un hélicoptère part scruter la zone, mais aucun sauveteur professionnel n’est mobilisé. Depuis l’aval, badauds et journalistes agglutinés observent la détresse des prisonniers des séracs.

« Caresser l’espoir, le voir s’écrouler et puis renouer avec »

États d’âme du narrateur

Après moult tergiversations, une opération est enfin lancée le 31 décembre. Le véhicule, qui tente le premier sauvetage héliporté de l’Histoire, est hélas inadapté au vol de haute-montagne. Une manœuvre est mal exécutée et l’autogire termine sa course dans la neige. L’équipage s’en sort indemne et rejoint les deux garçons. Mais frigorifiés, ceux-ci sont incapables de marcher. L’équipage redescend, promettant de revenir. Vincendon et Henry, blottis dans la carcasse du véhicule, sont livrés à leur funeste sort. Si l’Armée affrète enfin les hélicoptères Alouettes qu’elle refusait jusqu’alors de mobiliser ailleurs que dans les combats en Algérie, il est trop tard. « Agonie au Mont-Blanc. Tout paraît perdu » ; la presse affiche en Une Vincendon et Henry, coincés depuis huit jours. L’espoir est mort.

« Une vie, dans le vent, toutes voiles dehors […] Une vie sans rien de commun avec la mort »

Vers de François Henry

Un ultime vol de reconnaissance localise les deux corps. Ils seront finalement délogés inertes en mars, dans ce qu’un pilote décrit comme leur « cercueil de fer et de neige ». Comme une épitaphe, les vers de François Henry traduisent la soif de liberté qui lentement a mené vers l’extinction les âmes des deux garçons.

Paul Lonceint-Spinelli

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