court-métrage International

Mamie fait de la résistance dans la dernière dictature d’Europe

Woman from Belarus – Plongée au cœur du régime sclérosant et antidémocratique d’une Biélorussie aux couleurs grisâtres et maussades. Irakli Kordzaia nous entraîne dans le combat politique d’une retraitée pas comme les autres, bien décidée à se battre pour la liberté du peuple bélarusse et la démocratie. Un court-métrage qui fait écho à la situation actuelle du pays, et rappelle que le vieux chêne vert fatigué ne peut briser la détermination du roseau rouge et blanc.

Communisme. Autoritarisme. Discipline. Pour sûr, les premiers mots qui viennent à l’esprit lorsqu’il s’agit d’évoquer la Biélorussie sont aux antipodes de l’énergie malicieuse qui anime Nina Baginskaya. Cette activiste de 74 ans incarne l’antithèse du régime d’Alexandre Loukachenko, aujourd’hui si tristement médiatisé.

Car, il ne s’en cache pas, le général à la tête du pays depuis plus de 27 ans est un grand nostalgique de l’ère soviétique. Il cherche coûte que coûte à figer le temps dans un Etat d’Europe orientale qu’il dirige d’une main de fer, sans s’embarrasser du gant de velours.

Plongée dans un univers morose où le passé léniniste pèse encore lourd © Kordzaia/ Woman from Belarus

 Si le réalisateur géorgien Irakli Kordzaia retranscrit avec brio le poids accablant du passé dans cet ancien Etat soviétique, ce n’est que pour accentuer le contraste avec la pétillante et farouchement entêtée Nina Baginskaya. Tout en elle semble s’opposer aux graves statues de Lénine et aux stations de métro qui en ont pris le nom, sur lesquelles s’ouvre le documentaire. Elle a beau être frêle d’apparence, l’ancienne cycliste aux cheveux blancs n’a rien perdu de sa fougue et de la détermination qui l’avait animée plus jeune. C’est ce qui lui vaut aujourd’hui le surnom de « mère de la Révolution biélorusse », dont les acteurs ont reçu à titre collectif le prix Nobel de la Paix 2020.

Profanation mémorielle

On l’aura rapidement compris après les quelques images où elle est confrontée à la police, cette babouchka – grand-mère russophone – n’est pas de celles qui se laissent faire. Son obstination lors du  blocus devant la forêt de Kourapaty, où le projet de construction d’un restaurant a un goût de profanation mémorielle n’en est qu’un exemple. Car c’est dans cette forêt qu’entre 1937 et 1941, 30 à 100 mille personnes ont été exécutées par le NKVD, le Commissariat du peuple aux Affaires intérieures. Forêt où les bulldozers viennent aujourd’hui exhumer les sépultures des martyrs et déblayer les croix funéraires.

« Ni à Auschwitz, ni à Buchenwald – où le totalitarisme fasciste a tué des gens – les visiteurs ne s’amusent et ne passent du bon temps au restaurant. Ils y vont pour commémorer, verser des larmes, et se souvenir des victimes pour que le fascisme ne se répète plus jamais. Ici en Biélorussie, sur le territoire de Kourapaty, cette zone protégée doit être libérée de ce restaurant. » N’en déplaise au général moustachu d’un autre temps qui s’accroche au pouvoir.

En langue bélarusse

Et notre grand-mère facétieuse n’en est pas à son coup d’essai. Malgré son apparente bonhommie, ses combats sont motivés par les profondes convictions de celle qui aspire à un Belarus souverain, indépendant de Moscou, démocratique et où les citoyens seraient libres de s’exprimer. De préférence dans la langue bélarusse, la « russophonie » nationale constituant l’un de ses points d’achoppement avec le pouvoir.

Aujourd’hui, Nina se sait en danger : elle est condamnée à 13 000 roubles d’amende, soit 4 200 euros. L’équivalent de six ans de pensions pour la courageuse retraitée! Elle ne dispose plus aujourd’hui que de 85 euros par mois pour vivre, le reste étant automatiquement ponctionné par l’Etat pour régler ses contraventions. « C’est moins que le minimum vital », admet-elle avec sang-froid. Mais pas question pour la babouchka de se défaire de ses tenues rouges et blanches, aux couleurs du drapeau révolutionnaire, ni d’abandonner la lutte. Et gare à ceux qui tenteraient de l’arrêter, elle pourrait bien montrer les dents. Littéralement.

Adrien Sarlat

0 comments on “Mamie fait de la résistance dans la dernière dictature d’Europe

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :