Hors compétition

Roumanie, les enfants des trafics

De l’insalubrité des banlieues roumaines aux couloirs du métro parisien, Olivier Ballan retrace dans Trafic d’enfants l’itinéraire de jeunes roumains à l’enfance sacrifiée sur l’autel des réseaux.

Ils n’ont pas encore 18 ans, mais leur passé a déjà fait d’eux des fantômes. Invisibles, des enfants roumains, esclaves des trafics, sillonnent à longueur de journée les rames du métro parisien, où ils dérobent téléphones et portefeuilles aux usagers.

Dans leur sillage, grosses mafias et petits réseaux… Dans un pays où le salaire moyen dépasse à peine 500 euros mensuel, les invitations à rejoindre les rangs des circuits de contrebande, de vol et de prostitution s’immiscent parfois jusque dans les colonnes de la presse locale. Longtemps, avant que s’éteignent les violences guerrières dans l’ex-Yougoslavie, les pays des Balkans et la Turquie ont été les principaux pays à accueillir les trafics roumains. Les pays d’Europe de l’Ouest ont désormais pris le relais.

Petits larcins, gros trafics

Pendant un an, le réalisateur Olivier Ballan a suivi la brigade de protection des mineurs de Paris qui enquêtait sur l’un de ces réseaux. En tout, 78 enfants étaient asservis, poussés à la délinquance et aux petits larcins dans la capitale. Tous sont originaires de Laşi, la seconde ville du pays située le long de la frontière Moldave. De Laşi, certes, mais surtout de sa banlieue. En Roumanie comme ailleurs, les trafiquants jettent leur dévolu sur les mêmes cibles, exploitent les plus précaires. Ceux qui, pour échapper à la misère, se rêvent en bandits.

Dans les locaux de la brigade de protection des mineurs, Maria, 15 ans à peine, vient de se faire arrêter. C’est sa vingtième détention en France. Devant les enquêteurs, elle explique vouloir « un autre destin ». Plus tard, elle « veut faire quelque chose de grand ». Pour ça, elle en est consciente, « il faut aller à l’école ». Mais elle passe sa journée à voler pour envoyer de l’argent au pays.

« Le diable »

Les jeunes roumains peuvent marauder jusqu’à 900 euros par jour de virée dans le métro parisien. Depuis son pavillon, à Laşi, « le diable », un préteur sur gage qui dirige le trafic, accapare les profits. Par peur de représailles, les exilés n’osent pas prononcer son nom.

Filatures, interpellations, interrogatoires, l’enquête de la police française avance tandis que les conditions de vie des enfants se dégradent. Maria se fait évacuer d’un squat à Saint-Denis pour échouer dans un camp en périphérie.

En juin 2017, après 6 mois d’enquête, la police neutralise le trafic. Les enfants sont écroués, placés dans un centre. Ils s’en échapperont dans la nuit pour gagner l’Espagne et se remettre aux affaires. En Roumanie, le fossoyeur de leur avenir poursuit son funeste dessein.

Antoine Cariou

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