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Coproductions internationales : obstacles et opportunités

Quel intérêt à coproduire un documentaire par-delà les frontières ? Quels sont les écueils à anticiper ? Producteurs, distributeurs et contributeurs financiers se sont réunis pour dévoiler les rouages de ces projets ambitieux.

Il aura fallu attendre la fin de la conférence pour que Fabrice Puchault rappelle l’évidence : « La coproduction, ce n’est pas une vallée de roses » – comprendre, c’est loin d’être facile. À la décharge du représentant d’Arte France, la table ronde rassemblait plutôt des exemples encourageants de coopération transnationale : deux producteurs, ainsi que des chaînes de télévision et des institutions publiques soucieuses de mettre en avant leur soutien à cette démarche. Et en cette édition 2020 dédiée à la Suède, focus sur la coopération franco-suédoise ; un cas emblématique des barrières culturelles à surmonter.

D’un monde à l’autre

Estelle Robin You et David Herdies en savent quelque chose. Les deux producteurs – elle française, lui suédois – se sont rencontrés en 2011, alors que David développait un projet sur l’Afrique francophone. Très vite, tous deux voient l’intérêt de partager leurs expériences sur des contextes culturels très différents pour en imprégner les œuvres produites. Mais ils devront aussi apprendre à jongler avec des systèmes de financement et de diffusion aux fondements presque opposés.

Un exemple : vous n’êtes pas sûrs de destiner votre documentaire au cinéma ou à la télévision ? En Suède, pas de problème, les aides du Swedish Film Institute n’exigent pas de trancher dès le début de la production. Or en France, pour déterminer à quelles aides il est éligible, un producteur doit faire un choix clair, et surtout, définitif. Une situation qui peut vite déstabiliser les candidats étrangers.

Une question de fond(s)

La contrepartie de cette segmentation des aides françaises, c’est un budget global incomparable : le Centre national du cinéma et de l’image animée peut consacrer jusqu’à 90 millions d’euros par an au financement de documentaires, contre quelques 3,8 millions pour son homologue suédois. Parmi ces aides, certaines – comme l’Aide aux cinémas du monde – sont dédiées aux coproductions et requièrent donc évidemment un producteur français. Cela dit, le niveau d’ambition et de préparation exigé pour en bénéficier peut se révéler très élevé, trop pour certains candidats.

Le système suédois est légèrement différent : l’octroi des aides est là aussi décidé en commission, mais l’un des trois membres sera spécifiquement désigné pour suivre et conseiller l’équipe tout au long de la production. Moins d’argent donc, mais un accompagnement approfondi, comme dans tous les pays nordiques.

Petit écran, grandes idées 

Au-delà du financement, la coproduction représente un atout majeur pour le succès d’un documentaire. Deux nationalités, c’est deux fois plus de canaux de diffusion potentiels, et un public d’autant plus fourni. Or, et ça tombe bien, certaines chaînes de télévision semblent avoir compris l’intérêt pour elles de contribuer à des projets audacieux. C’est par exemple le cas du groupe France Télévision, qui a démultiplié son activité dans la coopération internationale avec des programmes de financement comme « Global Doc » ou « 25 nuances de doc », ou d’Arte France avec ses « Grand Format » ou sa « Lucarne ». De l’autre côté de la mer du Nord, la chaîne SVT explique aussi s’ouvrir aux sujets internationaux, qui en appellent souvent à de la coproduction.

Cependant, ces initiatives sembleraient encore bien timides. Les exigences des chaînes en termes d’originalité ; le faible nombre de projets financés ; des demandes de sujets très ciblées.. tout cela ne risque-t-il pas de faire de ces dispositifs des niches trop restreintes?

David Herdies préfère pourtant pointer du doigt les exigences formelles de la télévision. À l’heure des plateformes de diffusion en streaming, quelle pertinence pour des formats de longueurs déterminées et des grilles de programmation formatées ? Pourquoi ne pas laisser davantage de liberté aux documentaristes ? Réponses en conférence ce jeudi après-midi…

Luc Chagnon

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Photo : Lydia Vilhena Brès

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