Panorama de la création francophone

Alma et Hitch, lier l’œuvre à l’intime

Dans l’ombre d’Hitchcock : Alma et Hitch” de Laurent Herbiet retrace la vie du plus célèbre réalisateur britannique. Les images d’archives éclairent les extraits de films. Alma veille.

C’est loin d’être le premier documentaire consacré au Maître, pionnier du suspens… Inspiré par la biographie d’Hitchcock, de Patrick McGilligan , Une vie d’ombres et de lumières, Laurent Herbiet choisi un prisme original pour son propos : celui des femmes de la vie du réalisateur. Au premier rang desquelles Alma, l’épouse. Celle qui compte et qui éclipse finalement toutes les autres muses, la scénariste, la monteuse, la mère de sa fille et enfin l’excellente cuisinière.

Une osmose entre la vie et les œuvres

Alma Reville connaît parfaitement le monde du cinéma, dès 16 ans la voilà sur les plateaux. C’est là qu’elle rencontre Alfred Hitchcock. Sur le plan artistique, l’entente est immédiate. Le duo ne se quittera plus. Alma accompagne Alfred dans chacun de ses projets, comme collaboratrice privilégiée, à l’écriture du scénario surtout, mais aussi à la mise en scène, ou au montage.

L’œuvre d’Hitchcock s’est écrite à quatre mains, deux d’entre elles étaient celles d‘Alma

Alma est toujours là, dans l’ombre de celui qui est devenu son mari. C’est un accord tacite entre une femme talentueuse qui ne recherche pas la lumière – le feu des projecteurs – et son mari, qui sait ce qu’il lui doit. En attestent les images d’archives du discours d’Alfred Hitchcock lors du gala de l’American Film Institute (AFI) de 1979, où il est récompensé pour l’ensemble de sa carrière, et qui marque sa dernière apparition publique : le réalisateur n’a de remerciements que pour Alma Reville, qui représente à elle seule “les quatre personnes les plus importantes de sa vie” .

Laurent Herbiet ne cherche pas tant à montrer l’importance d’Alma dans la vie d’Alfred, mais plutôt à composer une reconstitution éclairée de la vie du cinéaste à travers ses œuvres. « Redécouvrir l’œuvre a été un moment passionnant puisque cela m’a permis de comprendre en profondeur l’histoire d’Hitchcock, et de proposer une nouvelle manière de lier l’œuvre à l’intime ». La synthèse est excellente, quoiqu’un peu académique, notamment au niveau de la voix-off. 

Beautés hitchcockiennes

D’autres personnages féminins crèvent l’écran : les actrices que le Maître dirige. Celui qui a développé le mythe de la « blonde hitchcockienne » est resté marqué toute sa vie par ces femmes, sur lesquelles il voulait exercer une influence presque absolue. En ce sens, les témoignages de Tippi Herden (Les Oiseaux, Pas de printemps pour Marnie) et d’Ingrid Bergman (La maison du docteur Edwardes, Les amants du Capricorne), sont particulièrement édifiants. 

Pour lui, la mise en condition était absolument nécessaire … jusqu’à menotter – pour de vrai – les acteurs du long-métrage 39 marches. « Ça fonctionne, la complicité est presque immédiate ! », disait-il. Certains parleront de sadisme tant le cinéaste module ses actrices à ses convenances. « Il était la raison de notre succès, et en retour nous devions lui appartenir », accuse Tippi Hedren, célébrissime blonde des Oiseaux. Ingrid Bergman se souvient des difficultés à ressentir certaines émotions devant la caméra, ce à quoi Hitchcock répondait par un déroutant « then fake it ! ». Faire semblant… Un dam pour n’importe quel acteur, une évidence pour le cinéaste.

A travers ces anecdotes et secrets de tournage, on découvre aussi ce britannique dévoué qui n’a pas hésité à traverser l’Atlantique durant la seconde guerre mondiale, afin de réaliser des films de propagande pour la Résistance française. C’est aussi un passionné de modernité, qui cherche sans cesse à se renouveler. Il incorpore la parole à ses long métrage, s’essaie à la Nouvelle Vague, et créer une série dédiée à sa personne – Alfred Hitchock presents. « Pour percer dans le cinéma, il faut d’abord se faire connaître en tant que réalisateur ».  Mission réussie, quarante ans après sa mort, son histoire continue de nous fasciner. 

Camille Bigot, Maÿlice Lavorel et Augustin Pietron

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