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Le documentaire, un travail de concert

Réalisateur, producteur, comédien de doublage, travaillent main dans la main pour arriver à leurs fins. Enquête au cœur du Fipadoc, festival du documentaire à Biarritz, sur ces corps de métiers qui font le documentaire.

Ce que l’on découvre à l’écran, petits ou longs métrages, est le fruit d’un travail de plusieurs mains. Le réalisateur est à l’origine du projet, il imagine et conçoit le film. Bien souvent, c’est aussi lui qui s’occupe de l’écriture, du scénario. Le producteur s’attache à agencer le montage, couper et ordonner les bandes vidéos occupent la majeure partie de son temps. Shola Lynch réalisatrice de documentaire et membre du jury de la sélection internationale, résume cette distinction en une phrase: “Comme réalisateur, vous avez une idée, une vision mais après, il faut quelqu’un pour exécuter”.

Réalisateur-producteur ou simplement réalisateur ?

“Je fais les deux, réalisateur et producteur, pour moi je produis car je veux réaliser” explique Shola Lynch. Pour elle, produire est synonyme d’ indépendance. En effet auto-produire son film signifie d’avoir le dernier mot, le final cut (le montage final) : “Je suis une femme de couleur, je ne fais pas plus confiance qu’à moi-même pour vendre mon produit.”

Un choix parfois périlleux. Vitaly Mansky, réalisateur de Putin’s witnesses s’en tire avec une heure et quarante minutes d’images d’archives quand les longs-métrages dépassent rarement une heure. Un choix aussi contrariant quand il s’agit de prendre des décisions pour réduire la longueur, au risque, parfois, de laisser des archives au placard. C’est le cas de Corine Janin, productrice de Maurice Béjart, l’âme de la danse. Pour les dix ans de la mort du chorégraphe qui a révolutionné la danse classique, nombreuses ont été les interviews des danseurs nostalgiques de cette époque. Faire de cette masse d’archives un film de soixante-cinq minutes relevait du défi. Des danseurs interviewés, parfois déçus de n’apparaître que quelques instants, mais le résultat est là, le spectateur apprécie le condensé abouti d’années de travail.

Filmer le réel

Par définition, le réalisateur de documentaire n’a pas à s’occuper de la direction d’acteur. Cela étant dit il doit instaurer un lien de confiance avec les personnes rencontrées. Avant de tourner, “je parle beaucoup individuellement avec eux, ils connaissaient mes intérêts, mes préoccupations”, explique Miguel Eek réalisateur de Ciutat dels Morts. Ensuite le réalisateur a laissé la caméra tourner à une distance raisonnable, a tenté de la faire oublier pour capter une parole spontanée.

“Ce film n’est pas un regard sur eux mais pour les aider à raconter leur histoire”. Delphine Minoui et Bruno Joucla, coréalisateurs de Daraya, une bibliothèque sous les bombes, accompagnent les protagonistes pour que ce documentaire soit leur. Shadi , jeune syrien armé d’une seule caméra, a filmé le siège de la banlieue rebelle de Daraya, imposé par Damas. En marge de la guerre, des bombardements et de la faim, Shadi et ses amis construisent leur résistance par les livres qu’ils exhument des décombres. Cette mémoire visuelle de Daraya est un vrai « puzzle à reconstituer » confie Bruno Joucla au sujet des archives. Mais le résultat est là, comme en témoignent les mots de Shadi : « avec ce documentaire, j’arrive à rassembler les morceaux de ma vie » .

Non, un documentaire n’est pas objectif car il résulte des choix d’une équipe de film de son élaboration à la post-production. Ainsi, le documentaire ne prétend pas atteindre une vérité absolue, traiter tous les aspects du sujets, au risque d’en devenir superficiel. Non, les documentaires ne sont que des « contes de faits ». Pour Shola Lynch “Ce qui est important, c’est que le documentaire doit être honnête, on ne peut pas omettre des informations importantes. Il y a ce que tu laisses dans le documentaire et ce que tu enlèves, il y a forcément une sélection car on est limité dans le temps”.

Quant à l’usage de la voix off et de la musique, ils ne sont ni à bannir, ni à systématiser. Leur utilisation ou non sont une nouvelle fois, des partis pris de narration. Miguel Eek a décidé de s’en passer. Shola Lynch ne fait pas usage de voix off qui “impose un point de vue trop fort au spectateur”. Contrairement à Rithy Panh qui recherche la musicalité de la voix off, et utilise des extraits de livres. Pour Féodor Atkine, voix française de Dr House, « cela dépend de la teneur du documentaire en question ». le comédien de doublage a prêté sa voix documentaire de Samuel Alarcón, Oscuro y lucientes, qui retrace le mystère de la disparition du crâne du peintre Goya. La volonté du réalisateur était celle “de mettre dans la voix suffisamment de proximité pour qu’on puisse penser que l’histoire est racontée à des enfants » et suffisamment de distance pour qu’on ne puisse imaginer que « je ne vais pas taper dans le dos de Goya en disant « Salut mon pote » » rapporte Féodor Atkine. La subtilité est dans la nuance.

Jordan Dutrueux et Azaïs Perronin

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