Hors compétition

Un regard glaçant sur les États-Unis (1/3)

C’est lors d’une séance spéciale, organisée dans le cadre du festival international du documentaire de Biarritz, qu’a été projeté le film dernièrement réalisé par Michael Moore et sorti à la fin de l’année 2018 en vidéo à la demande : Fahrenheit 11/9. Il s’agit là d’un véritable réquisitoire contre Donald Trump, annoncé vainqueur à l’élection présidentielle le 9 novembre 2016. 

L’American Dream… Ce mythe qui a déplacé une multitude de personnes en terres étasuniennes, dans l’espoir de s’y installer, de trouver là-bas bonheur et fortune… À l’heure de la présidence Trump, le film Fahrenheit 11/9 résonne comme un réveil strident pour celles et ceux qui croyaient encore à cette douce chimère onirique, cet espoir de trouver ailleurs un havre de paix. 

Le spectateur assis dans son fauteuil est dépassé par le déroulement des événements : on aurait presque cru que la névrose aurait commencé par un canular ayant pris des proportions monstrueuses. Il est pris comme témoin dans le film, et on le sollicite émotionnellement sans répit : du sourire déconcerté par l’ironie du sort au choc provoqué par certaines images violentes, on ne voit pas passer les deux heures de projection. 

De 9/11 à 11/9…

Une inversion de chiffres mais un discours toujours tranchant. En 2004, Michael Moore avait déjà brossé un portrait au vitriol des États-Unis, en dénonçant des pratiques véreuses du président George W. Bush et ce, explicitement dans le but d’éviter sa réélection. Il n’a pas atteint cet objectif mais a remporté pour ce film la Palme d’or du festival de Cannes. Et maintenant, c’est l’Amérique de Trump qu’il pointe du doigt. Un homme qu’il présente au son larmoyant des violons : intellectuellement limité, pervers narcissique, prédateur sexuel, assumant vouloir changer les choses par la haine, et désormais président. Comment cela a t-il bien pu arriver ? « How the fuck dit it happen ? », interroge le réalisateur. Et nous voilà au point de départ de Fahrenheit 11/9. 

Les racines enfouies des maux

Michael Moore décrit point par point les symptômes d’une Amérique qui court à la catastrophe. La confiance accordée aux politiciens et politiciennes est peu à peu rompue. D’abord, un scandale sanitaire de grande ampleur dans la ville de Flint abritant en grande partie des classes populaires. En 2014, le gouverneur du Michigan Rick Snyder sans vergogne, qui pour des raisons économiques, fournit sciemment aux habitants une eau chargée en plomb, ce qui provoque un désastre sanitaire de très grande ampleur. La situation aurait pu facilement être évitée, puisque l’entreprise General Motors bénéficie encore d’une eau provenant d’une source saine. Même le président Obama n’a pas semblé préoccupé par l’affaire lors d’un meeting dans la ville. 

Et au fur et à mesure du film, la confiance se fissure entre les dirigeants et les « vrais américains », ceux qui ont voté pour Trump : bilan décevant de Barack Obama, emprise du lobby des armes, ou encore précarité du personnel enseignant. Il dénonce également des fraudes dans l’élection d’Hillary Clinton à la primaire démocrate, alors que Bernie Sanders aurait dû l’emporter. Telles sont les prémices de ce que ni les sondages, ni les médias n’ont su anticiper à temps selon Michael Moore.  

Un si sombre horizon

Le documentaire ne laisse place à aucune perspective rassurante, en montrant comment l’optimisme revient à fermer les yeux et mène à la perte. Une jeune femme ressort de la séance enthousiasmée par le film, mais inquiète « tu sors de là t’es un peu déprimé, tu te dis qu’on vit dans un monde de merde et il y a plein de parallèles à faire avec le France donc c’est un peu déprimant ». Deux dames plus âgées insistent sur le potentiel dénonciateur du documentaire : « Je recommanderais à mes amis, et à nos enfants surtout », et sur le parallèle – peut-être contestable – qui a été fait entre Donald Trump et Hitler les alertent tout particulièrement : « ce qui fait peur c’est de voir qu’au début finalement il n’était pas si terrifiant que ça Hitler ». 

Avec ce documentaire captivant qui dérange et questionne à la fois, Michael Moore a su alerter le public par des procédés rudement efficaces. Mais le caractère dénonciateur assumé du film invite à la plus grande prudence quant à son interprétation. 

Lucie Rivière

Trump, l’Amérique et Michael Moore

Michael Moore : La démonstration par la forme (3/3)

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