Critiques Hors compétition

Michael Moore : La démonstration par la forme (3/3)

Fahrenheit 11/9, nouveau film de Michael Moore réutilise les mêmes codes que dans ses précédents films donnant au spectateur une analyse limpide et alarmante sur l’Amérique

A l’issue de la projection unique à guichet fermé de Fahrenheit 11/9, nouveau film de Michael Moore, beaucoup de spectateurs se sont rassemblés sur le parvis de la Gare du midi de Biarritz pris par cette envie de discuter, partager avec leurs amis ou les autres spectateurs cette dissection de l’Amérique de Trump de plus de deux heures dont ils venaient d’être témoins. Une démonstration qui semble implacable et pleine de sens et qui séduit.

Michael Moore reprend la recette de ses précédents films : un montage dynamique, une voix off (celle du réalisateur en personne) et une musique qui ne servent pas qu’à accompagner le film mais permettent de transmettre son message de manière claire. La voix off est celle d’un cinéaste engagé. Elle accompagne les images d’archives de commentaires acides, sarcastiques sur les politiques et les médias. Le montage a aussi toute son importance à l’image de la première partie du documentaire qui n’est qu’un patchwork d’images de journaux télévisés et d’archives des conventions et meetings républicains et démocrates. En 15 min, il expose comment Trump a fini par gagner la campagne électorale, alors que personne, ni les médias, ni les politiques, ni Moore lui-même ne l’avait vu venir.

La musique se substitue parfois à la voix off. Elle se fait par moment grandiloquente et triomphale pour accompagner l’atterrissage d’Air Force One (l’avion présidentiel) d’Obama soulignant l’espoir que suscite son arrivée pour les habitants afro-américains de Flint. Quand il accompagne un meeting de Trump du Lacrimosa de Mozart, le commentaire est ainsi inutile.

Michael Moore se met également en scène. A Flint dans l’Etat du Michigan, il arrose la pelouse de la « villa » de Rick Snyder, le gouverneur républicain (NDLR : il ne l’est plus depuis le 1er janvier 2019) qui a provoqué puis fermé les yeux sur une des plus grandes catastrophes sanitaires qu’ait connu le pays, que Michael Moore qualifie d’« épuration ethnique ». Plus tard, il vient procéder à l’arrestation citoyenne de ce même gouverneur. Cette mise en scène de Moore comme l’homme providentiel pourrait agacer mais il le fait avec humour et second degré. On peut trouver que ces dispositifs ne sont que des gros coups de surligneurs au propos du film, mais force est de constater, qu’à défaut d’être subtils, ils sont d’une efficacité redoutable.

Des choix discutables

Certains des choix de narration du réalisateur restent discutables. Devait-il montrer les images de la tuerie au lycée Marie Stoneman Douglas de Parkland en Floride, que les étudiants avaient diffusé en direct sur Snapchat ? Certes le documentariste a voulu réitérer son engagement contre les armes à feu (voir Bowling for Columbine du même réalisateur) mais ces images aussi frontales n’étaient pas forcément nécessaires. De la même manière, le parallèle entre la présidence Trump et le régime nazi interroge aussi. Michael Moore superpose ainsi les images d’un discours d’Hitler au son de celui du président américain, provoquant des rires discrets dans la salle. Cependant, il désamorce cette comparaison en s’adressant directement aux spectateurs « Vous vous dites que cette comparaison n’est pas pertinente ». Le plus contestable dans cette démonstration est peut-être le rapprochement entre l’attentat du Reichstag en 1933 et ceux du 11 septembre 2001. Qu’on n’adhère ou pas au style Moore, ce film ne devrait laisser personne indifférent.

Jordan Dutrueux

Trump, l’Amérique et Michael Moore

Un regard glaçant sur les États-Unis (1/3)

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