Impact

Denis Parrot, « Coming out », un premier long métrage réussi

Dans Coming out, Premier prix du documentaire « Impact » au Fipadoc de Biarritz, Denis Parrot traite de la question LGBT+ dans un montage de plusieurs vidéos trouvées sur le net. Un format unique, pour témoigner de la diversité des sexualités, genres et histoires. 

De monteur à réalisateur, il n’y a pas vraiment qu’un pas. Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le cap ?

C’est vraiment le sujet qui m’a poussé. Il y a une sorte d’urgence à faire ce film. Je suis tombé sur une vidéo Internet d’un jeune qui faisait son coming out à sa grande mère. Une vidéo de 10 minutes, et pendant 9 minutes un grand silence : alors la grande-mère essayait de combler, et parlait de tout et rien : du chien qui était dehors, du feu d’artifice qu’elle entendait au loin… Il y a une tension dans cette vidéo qui était à la fois drôle et touchante et moi ça m’a vraiment rappelé il y a trente ans, quand j’étais dans la même situation, avec les mêmes doutes et les mêmes peurs. Il fallait que je fasse un sujet là-dessus, en plus, je n’en avais jamais vu dans ce format.

Justement concernant ce type de format, comment la réalisation s’est-elle passée ?

C’était le média idéal pour faire ce documentaire. Le fait qu’ils se filment, je trouvais que c’était vraiment intéressant à montrer. J’ai commencé par visionner pleins de vidéos, plus de 1 200 et après, je suis passé à la sélection. À ce moment-là on a demandé l’autorisation à tous ces jeunes, on les a contactés via internet. C’était important pour moi de leur demander l’autorisation légalement, mais au-delà de ça, de leur expliquer le projet. Je voulais qu’ils voient le film, qu’ils comprennent pourquoi je faisais ce film, qu’ils comprennent le propos. Tout ça pour moi c’était très important.

Certains n’étaient pas convaincus, mais en voyant le projet se sont finalement ralliés à la cause, une des personnes m’a dit « La somme de ces vidéos est plus forte que toutes ces vidéos prises individuellement ».

Pourquoi ce choix de documentaire ?

En fin de compte, je me suis dit qu’adolescent, j’aurais voulu avoir ce genre de film. Ca m’aurait aidé, on était un peu perdu sans internet. Par exemple, une femme est venue me voir à la fin d’une projection pour me dire qu’elle s’était rendue compte qu’elle était lesbienne à 25 ans. C’était, il y a trente ou quarante ans, il n’y avait pas de représentations de lesbiennes dans son entourage. Elle ne pouvait même pas s’imaginer lesbienne. C’est important pour moi de diffuser ce genre de messages. Et puis le but de tous ces jeunes dans les vidéos, c’est vraiment l’entraide mutuelle. Des gens séparés dans le monde entier et souvent assez isolés, qui peuvent trouver un réconfort dans ces conseils, de se sentir représentés et compris.

Quel est votre passage préféré dans le film ?

C’est Cole, à chaque fois que je vois cette vidéo, elle m’émeut, je le trouve formidable et je trouve la mère formidable. Le fait qu’elle préfère ce prénom Cole, c’est merveilleux. Je trouve qu’il fait bien comprendre ce que c’est d’être trans, parce qu’il y a de nombreuses personnes qui ne comprennent pas ce que c’est d’être trans. Il poste encore beaucoup de vidéos à but pédagogique pour expliquer ce milieu, et je trouve ça vraiment super.

Justement, avez-vous gardé contact avec les jeunes ? Des retours ?

Oui bien sûr. Il y en a encore quelques-uns avec qui j’ai des contacts encore très réguliers. Moa, le japonais est dingue du film, il n’arrête pas de m’en parler, de me demander quand est-ce que ça sort. Pour le moment, une distribution prochaine est prévue en France, Italie et Pologne. Donc j’espère qu’il pourra le voir.

Vous trouvez que la question LGBT+ est assez peu visible au niveau des films et documentaires ?

Non au contraire, je trouve qu’on en parle beaucoup quand même, peut-être qu’il y a même des gens qui ont marre qu’on en parle (rires). Ce qui faut comprendre, c’est qu’il y a toujours des jeunes qui vont arriver, qu’il faudra informer. C’est un thème qu’il faut porter tout le temps. Non seulement en France, mais aussi à l’étranger. Par exemple le fait de distribuer notre film en Pologne : c’est un acte très politique. 120 battements par minute avait été interrompu par des activistes là-bas, et quand je suis allé au festival des personnes, m’ont dit qu’elles avaient peur que ça se passe mal pendant la projection. Autre exemple à l’étranger, il y a certaines vidéos que je n’ai pas trouvé sur Internet : rien en Afrique et Moyen-Orient. C’est compliqué et les gens ont peur.

C’était votre premier documentaire, quelles sont vos références en la matière ?

Carrée 35, d’Eric Caravaca, qui parle d’un secret de famille, Mariana Otero, Histoire d’un secret. Pareil, c’est un secret de famille.

D’ailleurs votre film, parle de secrets qu’on relève à sa famille…

Oui, oui, c’est pour cela que j’y ai pensé. Les liens intra-familiaux sont intéressants à traiter. Je ne sais pas pourquoi particulièrement la famille, faudra que j’aille voir un psy pour ça… (rires). C’est vrai que j’ai vu d’autres vidéos de jeunes qui l’annonçaient à leurs amis, collègues. Mais ça m’a moins touché. J’ai choisi également plus de mères dans le film… Il faudrait vraiment que je réalise une introspection pour connaître mes motivations réelles (rires). Et puis faire son coming out auprès de copains, ce n’est pas pareil, disons que l’on choisit ses amis, on a moins de chance d’être déçu. Alors qu’avec la famille, il y a plus d’enjeux. Leurs parents ont beau être ouverts d’esprit, ces jeunes ont peur de perdre l’amour de leurs parents. C’est toute cette tension qui est exposée dans le film, je pense que c’est le plus beau. 

Propos recueillis par Marie Boyer

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