La vie du festival Les professionnels

Valli, à la rencontre de la femme, aujourd’hui jury musical

Après l’avoir aperçue à la projection de Joséphine Baker, première icône noire, j’ai retrouvé Valli, femme aux multiples casquettes – présentatrice radio, chanteuse …-  au Centre des Congrès Bellevue, pour l’interroger sur son expérience en tant que jury musical, sa vie passée, présente et future.

 

Pour un truc de film, oui. Je fais pour la musique, mais jamais pour le cinéma. Je suis ravie.

Et ça vous plaît d’être jury musical ?

Vachement !

Vous n’êtes pas trop fatiguée ?

Non, ça va. Attendez, vous enregistrez ?

Oui, ça me permet de me rappeler exactement de tout ce que vous allez dire.

Je parais très méchante, mais je suis gentille en vrai.

Sinon, vous connaissiez déjà le Fipadoc ?

Non, enfin, avant, c’était le Fipa. Maintenant, ils se concentrent sur le documentaire. Je ne sais pas comment ils m’ont appelée et j’ai dit oui. C’est tout simple ! Je suis déjà venue à Biarritz mais pas pour des raisons professionnelles (rires).

A une autre période de l’année peut-être, quand il faisait plus beau ?

Oui, mais je suis venue en octobre ! Mais du moment que je vois ma chère Atlantique ça va. Je viens de rentrer d’un tour sur la Côte des Basques parce qu’on a dormi à l’hôtel ; là où les mecs allaient dans les années 60. Je suis revenue par la mer.

Vous avez le temps de faire autre chose que regarder des films ?

Aujourd’hui oui, parce qu’on a eu des films ce matin. Ça a fini à genre une heure et quart, après on a déjeuné, les autres sont allés à l’hôtel, mais j’avais besoin de m’arracher un peu parce qu’on est hyper gâté, on mange comme des porcs, et après, on est dans des navettes, et après, on est dans d’autres navettes, et après, on s’assoit. Et je me suis dit non, faut que je me bouge un peu. Mais ça va, c’est que du plaisir, je ne me plains pas.

Et vous avez eu le temps de voir d’autres films d’autres sélections ?

Non parce que c’est difficile avec notre emploi du temps. En plus, on doit se concentrer sur certains films. On en voit trois par jour. Il ne faut pas trop qu’on s’en mette plein la vue. Mais on a de la chance parce qu’on a eu un cycle de six semaines avant pour voir les films donc il y a plein de choses que je veux voir, mais c’est un peu ric-rac.

Et en tant que jury, comment est-ce que vous travaillez ? Vous écrivez pendant le film ?

Exactement, j’ai amené un petit carnet. Le premier jour, je mets la date, le film et finalement, je n’ai rien écrit et ce qui est bien, c’est qu’on est que trois sur chaque catégorie donc du coup, ce ne sont pas six personnes qui gueulent. Après le film, on a le temps de partager nos premières impressions. Et au fur et à mesure, le premier film, on voit « Ok », on fait nos commentaires, après on voit le deuxième, on compare au premier, après le troisième et ainsi de suite. Du coup, on fait des mini-délibérations après chaque projection.

Vous connaissiez déjà les autres jurys, Pascal Cuenot et Reinhardt Wagner ?

Non mais on s’entend, comme on dit aux Etats-Unis, comme une maison en feu, c’est-à-dire, on s’entend très bien. Et après, on a des jurys de la catégorie « film international » et on s’entend hyper bien avec eux : ça fait une petite clique, c’est sympa.

Et alors par rapport aux documentaires musicaux particulièrement, vous trouvez qu’il y a un intérêt à faire des documentaires sur la musique ? Et qu’est-ce que le documentaire apporte à la musique ?

Oui, mais ce qu’on a remarqué, c’est comme j’ai dit, j’ai fait des centaines de rockumentaires à la radio, alors c’est la même chose : on raconte une histoire, on apprend des choses. Après, ça dépend du sujet et justement, après un des films, on s’est demandé pourquoi il était dans la catégorie documentaire musical. Parce que souvent, c’est un personnage, il peut être plombier, il pourrait être peintre, ou elle, mais de toute façon, tous les documentaires, c’est exactement la même chose. C’est raconter une histoire, s’intéresser à un sujet et essayer de creuser. Quelqu’un m’a dit hier la musique est un personnage en tant que tel du documentaire, mais pour moi, c’est un point de départ pour raconter l’histoire de quelque chose. Jusqu’ici, on a vu cinq films je crois, et évidemment, la personne ou le groupe auquel on s’intéresse, c’est la musique qui permet d’en parler. Je ne sais pas si j’ai répondu à la question (rires).

Et au-delà des documentaires du Fipadoc, est-ce que vous avez des références de documentaires musicaux qui vous ont marquée ? Il y a eu beaucoup de biopics bien sûr…

Alors, c’est peut-être parce que je suis une fille qui a grandi dans les années 60 / 70 donc il y a beaucoup de documentaires bien sûr ! Par exemple, les Stones ou Altamont (ndlr : festival organisé en 1969 par les Rolling Stones en Californie), et c’est fabuleux rien que par les images d’archives. Même Woodstock avec Martin Scorsese qui n’a pas réalisé, mais qui a fait le splitscreen (ndlr : à traduire littéralement par écran séparé). Il y a aussi Let it be de Michael Lindsay-Hogg.

Et vous avez un style de musique préféré ? On a vu toute à l’heure avant la projection sur Joséphine Baker un court-film de pub sur un programme d’Arte sur le Jazz avec votre voix…

Oui, trop bien non ? Le mec le présente même pas. Attends, le mec parle un « petit film » avant. J’étais là avec la productrice et je lui dis « il pourrait quand même dire que c’est une web-série sur Arte, il y a 11 épisodes ». J’étais folle, mais c’était parfait pour le sujet d’aujourd’hui. Non mais évidemment les documentaires que j’aime sont liés à la musique que j’aime. Ce n’est pas forcément le jazz comme dans le programme court de toute à l’heure. Sur Blue Note Records (ndlr : célèbre label de jazz), c’est fabuleux. Ce qui m’intéresse, ce sont les documentaires sur la musique. Il y a un documentaire génial sur The Dandy Warhol et Brian Jonestown Massacre, ça s’appelle « Dig ! ». C’est génial: c’est les parcours de groupes qui sont dans la même psychédélique dans les années 90 et comment un part parce qu’il est drogué, et, le pauvre, les autres copient le premier, enfin, c’est un super docu. C’est sorti au début des années 2000 (ndlr : réalisé par Ondi Timoner).

Au-delà de la musique et du festival, je sais que vous travailliez à France Inter, c’est comme ça que je vous ai connue, avec l’émission NRV de Laurent Goumarre mais depuis juillet 2018, vous avez quitté France Inter, pourquoi ?

Oui après 16 ans, depuis 6 mois… Mais avant, je faisais des émissions comme Pop Disque etc. Je racontais les hommes de l’ombre ou l’histoire d’un studio, d’un disque. Et puis… c’était quoi la question ? A propos de France Inter oui ! Ils m’ont dit au revoir pour des raisons x ou y. Depuis, j’ai un pilote que l’on a fait sur les pochettes de disque, mais pas total records… Et maintenant, il faut qu’on le vende. J’ai écrit un bouquin qui va sortir en mai sur l’invasion britannique et la musique anglaise que j’adore. On me l’a demandé : c’est un beau livre. Comme autre projet, j’ai aussi le premier album de « Chagrin d’amour », car avant, j’ai chanté une chanson donc on réédite l’album chez Because. Je suis super contente. Evidemment, je fais des cachets de temps en temps, je suis intermittente du spectacle donc j’attends quelque chose de plus régulier. Pour le moment, c’est bien, je respire.

Vous êtes née aux Etats-Unis, pourquoi avoir choisi la France et surtout pourquoi y être restée ?

Attends, j’ai du rouge à lèvres sur les dents… mais bon, c’est la radio, on s’en fout ! Parce que d’abord, je suis francophile depuis que j’ai 5 ans, littéralement.

Grâce à votre famille ?

Mon père était professeur de médecine et il a fait une année sabbatique à Londres, à Yale. Et on y est allé, et on a pris le bateau, le Queen Mary. Et on s’est arrêté – quand ma mère a appris ça, elle était morte de rire – enfin, on est descendu du bateau à Dieppe sur la route de Southampton. On a mangé, je me souviens, des calamars et donc, on est rentré à Londres où on a habité pendant un an. Et je disais à tout le monde que j’avais déjeuné en France. C’était super rigolo. Et après, il y avait, parce que mon père était à Yale, des professeurs qui venaient d’ailleurs. Une année, c’était une famille française et il avait un garçon qui s’appelait Pierre. Il était dans la classe de mon frère et j’étais folle amoureuse de lui. J’avais ce truc avec la France et le film « Le Ballon Rouge » d’Albert Lamorisse. On projetait ça tout le temps et ce truc, et voilà. Et donc, je suis venue après les études de cinéma à New York University où j’ai rencontré un français, on s’est marié en secret. Et puis, après on s’est suivi.

Celui du groupe ?

C’était le mec qui écrivait les textes, pas celui qui chantait. Et donc, je suis venue avec ma meilleure amie. On a fait le voyage en Europe et après, pendant que j’étais là, j’ai chanté. Enfin, il avait écrit cette chanson il y a longtemps, il a même tourné un film sur le sujet de « Chacun fait ce qui lui plaît » et ils ont décidé de faire une version rap. Mon mari m’a dit « Viens en studio, je veux que tu sois là pour vérifier que tout soit bien » et puis, là, j’arrive et il me dit « Vas-y chante » « Hein quoi ? ». Et puis, après je suis restée car ça a marché fort. J’avais un boulot quoi. Et le reste, c’était la chanson, après la télé, après la radio. J’ai commencé la radio en 1992 et je ne l’ai jamais quittée. J’ai fait des trucs sur Arte aussi.

Mais vous restez quand même attachée à ce qu’il se passe aux Etats-Unis ?

Ah bah, bien sûr, on ne peut pas y échapper. C’est sûr que… Je me souviens quand mes parents venaient souvent et que c’était Bush, mon père disait « Valli, les gens en France, ils savent qu’on n’a pas voté pour Bush ? ». Bon, il n’est malheureusement plus de cette terre mais s’il savait ! Personnellement je suis devenue française en 2008. Je payais mes impôts en France depuis 25 ans, j’en avais marre de payer mes impôts sans pouvoir voter. Donc maintenant, je vote en France et aux Etats-Unis. J’ai discuté avec Sholah Lynch, du jury international, et on a beaucoup discuté de l’histoire aux Etats-Unis, on n’est pas fort fort, c’est sûr, et surtout, de surcroît, c’est une femme noire donc ça lui a parlé quand j’ai évoqué Joséphine Baker.

Et donc, vous avez découvert des choses sur elle ?

J’ai découvert deux, trois trucs et cela m’a rappelé des choses. D’ailleurs, j’ai rencontré un de ces enfants adoptifs, Jean-Claude Baker, dans les années 80, avant de venir en France.

Et par rapport à Joséphine Baker, vous la connaissiez bien ?

J’avais vu un documentaire sur Arte et, sans commenter le film, c’est très intéressant. J’ai dit à une des membres du jury, bon je suis partie tôt des Etats-Unis mais quand même, j’avais mon diplôme. Mais c’est seulement en venant en France que j’ai appris qui était Joséphine Baker. J’avais oublié qu’elle avait été bannie des Etats-Unis, qu’elle ne pouvait pas y revenir, qu’elle était restée en France.

Merci beaucoup de m’avoir accordé votre temps !

Merci à toi de t’être intéressée à moi ! Et puis, on se reverra…

Vous serez à la cérémonie de clôture, j’imagine.

Oui, d’ailleurs, je ne savais pas comment m’habiller, j’étais stressée pour la tenue, j’étais flippée… Mais ce n’est pas le festival de Cannes ! Bon, j’ai amené un petit smoking quand même… A bientôt alors !

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