Compétition France

Le traumatisme des appelés en Algérie, soixante ans après

A partir d’images amateurs inédites couplées aux témoignages d’anciens combattants, le documentaire « Algérie, la guerre des appelés » de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman traduit le traumatisme de toute une génération de jeunes Français.

En 1954, près de deux millions de jeunes hommes sont appelés en Algérie pour ce que les autorités appellent encore « une opération de maintien de l’ordre ». Ils ont à peine 20 ans et vont découvrir sur place une société profondément divisée, dont les rancœurs attisées, ont abouti à des affrontements meurtriers. Une guerre qui ne porte pas son nom et qui a durablement marqué ses protagonistes. Le documentaire dévoile les mémoires de « ces jeunes hommes qui souvent pleurent encore ».

A peine sorti du montage, « Algérie, la guerre des appelés » a été projeté pour la première fois à l’occasion du Festival international de documentaire de Biarritz. Deux épisodes d’une heure, retracent les grandes étapes du conflit qui a traumatisé la colonie française entre 1954 et 1962. Témoignages et images amateurs inédites décrivent les conséquences douloureuses de cette guerre pour les apprentis soldats livrés à l’inconnu. Mais qu’apporte ce documentaire ? Est-ce que tout n’avait pas déjà été dit sur ce conflit ? « Quand mon père est mort, j’ai trouvé un fusil plié en deux. Tout de suite une phrase m’est revenue : ‘Quand tu donne un fusil à un homme ce n’est plus le même’. Mon père avait fait la guerre d’Algérie, et je ne lui avais jamais posé de question » confie Thierry de Lestrade lors de la présentation du film.

Des témoignages contre l’oubli

Face à la caméra des deux réalisateurs, de nombreux soldats témoins se remémorent plus de soixante ans après leur expérience traumatique en Algérie. Pour certains, l’émotion est encore palpable. Beaucoup n’avaient jamais témoigné. C’était un besoin. Ils n’oublieront jamais. Entre deux archives, ils évoquent leur sentiment de culpabilité face à la torture perpétrée par l’armée française, leur perte de repère au cours de l’enlisement du conflit ou encore leur rapport avec les Français d’Algérie. Confrontés à des dilemmes moraux insoutenables, beaucoup ont craqué. D’autres restent hantés par la barbarie du conflit.

Malgré un travail mémoriel de qualité, qui recueille avec une honnêteté rare les souvenirs d’anciens appelés, on peut regretter que le documentaire ne se démarque pas réellement des films déjà réalisés sur le sujet. Le documentaire de Bertrand Tavernier et de Patrick Rotman Une guerre sans nom, avait fait date en recueillant les souvenirs d’une trentaine d’anciens appelés de la région de Grenoble dès 1991. Les deux anciens appelés s’était activés à rétablir la mémoire de ce conflit souvent oublié en donnant la parole à des acteurs de la guerre. Un travail destiné à rompre avec le discours officiel et restituer le conflit algérien dans son ensemble et sa complexité.

A l’issue de la projection, le spectateur reste sur sa faim face au traitement de ce conflit qui a bouleversé les sociétés française et algérienne. Malgré les bonnes intentions des réalisateurs, « Algérie, la guerre des appelés » est un puissant révélateur de l’impossible restitution de la complexité d’une guerre trop longtemps bâillonnée.

Alexis Czaja

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