Compétition Critiques France

Les larmes des cygnes

(Ressaca), Le vertige de la chute. Vertige, chute, faim, danse, tomber, chute, argent, vertige, peur, vertige, art, révolte, mort. Immersion à Rio, dans un îlot culturel à l’agonie.

Après dix années passées au sein de la troupe du théâtre municipal de Rio de Janeiro, Marcia quitte son pays et ses amis pour l’Opéra de Salzbourg, seule échappatoire au délitement de son pays. Danser est devenu un acte politique au sein de l’édifice historique carioca. En 2016, l’Etat de Rio est au bord de la faillite avec cinq milliards d’euros de déficit. A la récession du pays depuis 2015, communément appelée ressaca, qui se traduit par « gueule de bois », s’est ajoutée les dépenses faramineuses des Jeux Olympiques de 2016 alors que les scandales de corruption politique surgissent à répétition.

Un climat délétère qui n’a pas épargné les travailleurs du théâtre de Rio, qui n’ont pas été payés depuis plus de trois mois au moment du début du tournage. Déterminés à poursuivre leurs activités afin de maintenir les représentations programmées, c’est toute une organisation d’entraide qui se met en place. Grâce aux appels aux dons, ils parviennent à créer des paniers de première nécessité qui sont distribués à chacun d’entre eux.

Les réalisateurs Vincent Rimbaux et Patrizia Landy vont suivre en cinq actes ces destins bousculés par l’oubli. L’oubli d’un ministère de la Culture à l’agonie, d’un Etat fédéral confiant le maintien de l’ordre à l’armée début 2018, d’une direction théâtrale inexistante et d’un public désintéressé. Des agents de sécurité aux membres du chœur en passant par João, un ouvreur dont le théâtre est devenu sa raison d’être depuis 37 ans, la caméra  suit les parcours d’un Brésil aux abois. Subtilement, les enjeux politiques et historiques sont abordés au travers de leurs parcours personnels et des récits. Corruption, violence, pauvreté, famille et religion sont filmés pudiquement et forment peu à peu l’environnement des personnages. Face à des vies sinueuses, le théâtre est un refuge où la grâce rompt avec le désordre présent jusqu’au parvis du monument.

Des manifestants s’attaquent aux bâtiments administratifs brésiliens. « Vous aussi vous allez crever de faim fils de pute ! ».

La danse devient un art de la lutte. Etre sur scène, c’est crier haut et fort leur résistance et leur dénégation. Dans l’attente d’un salaire, Felipe est chauffeur Uber la nuit. Les artistes vont jusqu’à plaider leur cause dans un restaurant luxueux, et manifestent dans la rue pour sensibiliser les habitants de la ville. Le documentaire Vertige de la chute est une tragédie. L’acte final ne pourra esquiver son caractère funeste.

Musicalement très juste, le film exhale une atmosphère statique grâce aux plans fixes, accentuant ainsi l’angoisse de l’attente. L’esprit fantomatique d’un théâtre en perdition hante les personnages. En suspend, le ballet cherche un rythme dans le noir et blanc, reflet d’un Brésil en proie aux violences raciales. Le danger dans ce documentaire réside justement dans la multiplicité de sujets traités en toile de fond. Il est aisé de se perdre dans un lac de signes trop divers. Un huis-clos lui aurait fait gagner en profondeur.

Valentin Boulay

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