Jeune création

« Raz, dwa, zero » : la souffrance, mais pour quoi ?

Raz, dwa, zero nous offre une plongée au cœur de l’entraînement infernal de toutes jeunes gymnastes polonaises. Bien loin des rêves de gloire et de victoires, c’est avant tout une souffrance de tous les instants qu’il faut endurer. Un travail percutant proposé dans la sélection Jeune création.

Un malaise. Voilà ce que l’on ressent face au court-métrage d’Anna Pawluczuk, Raz, dwa, zero. Un, deux, zéro, en polonais. Le rythme battu par une entraîneuse de gymnastique dont on ne verra pas le visage. Seuls ses cris résonnent dans ce gymnase de Białystok, ville de 300 000 habitants dans l’est de la Pologne. Parmi les élèves, Justyna, une petite fille d’une dizaine d’années, une douzaine tout au plus. Blonde, une voix qui capte l’attention à chacune de ses prises de parole.

Oui mais voilà, ce n’est pas de l’exigence, mais bel et bien de la souffrance que l’on regarde pendant 15 minutes. Des pleurs de petites filles auxquelles on inflige des exercices physiques d’une violence rare, et qui pourrait presque s’apparenter à de la maltraitance.

Le travail esthétique d’Anna Pawluczuk s’attarde sur ces corps que l’on tord et retord à longueur de journées. Mais les pleurs de détresse de ces petites filles nous laissent gênés, face à une réalité bien trop violente pour être infligée. Elles souffrent, sont malheureuses, et leur entraîneuse rit face à cela. Un sadisme qui met mal à l’aise, face à des visages angéliques et innocents, suppliant qu’on les laisse terminer leur exercice de torture.

On reste dubitatif face à une telle méthode, au sein d’un club local. Le format extrêmement court soulève des enjeux qui demeurent irrésolus à l’issue de la projection. Pourquoi leur infliger de tels exercices ? Est-ce pour ces jeunes filles une façon de s’assurer un avenir meilleur ? À première vue, rien ne suggère un milieu populaire ou défavorisé. Les questions perdurent.

Le titre, dont le logo lors de la projection met en avant le mot « Zero », semble peut-être évoquer l’inutilité de cette souffrance, qui laisse le spectateur désarçonné. Elle ne mène à rien, puisque Justyna, à l’issue du court-métrage, refuse de participer à la compétition. Un choix qu’essaye d’inverser sa mère, ponctué par des « Je ne veux pas », de la jeune fille assise sur le siège avant de la voiture qui la ramène de l’entraînement.

Contrairement à Over the limit, projeté au Fipa l’an dernier, Raz, dwa, zero élude tous les rêves de ces jeunes filles et ne témoigne que d’une dramatique réalité, celui de bébés gymnastes projetés au milieu des desiderata d’entraîneurs sans cœur.

Marianne Chenou

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