La vie du festival

Pour Marion Sibers, « c’est le devoir d’un journaliste d’être impliqué »

Marion Sibers travaille à la médiathèque de Biarritz depuis 2006, où elle est aujourd’hui responsable de la section musique et cinéma. Le Fipadoc l’a sollicitée pour faire partie du jury de la nouvelle catégorie « Impact » qui remettra le prix « CNC – Images de la culture ».

Marion Sibers, responsable de la section musique et cinéma de la médiathèque de Biarritz, et membre du jury « Impact » du Fipadoc. Crédits : ScPoBxFipadoc 2019

Qu’est-ce-qu’un documentaire qui « impacte » d’après-vous ?

C’est un documentaire très ancré dans la réalité sociétale et les grandes questions du monde. Le point commun de tous les documentaires en lice dans cette catégorie est le fond, plus que la forme. Les façons de l’exprimer vont être très différentes. Certains vont travailler sur des images puissantes, d’autres avec un propos plus long et lent.

Pourquoi avoir accepté d’être membre du jury ?

À titre personnel, j’ai accepté de faire partie du jury parce que c’est une opportunité exceptionnelle. Je suis une habituée du festival en tant que spectatrice depuis des années. En plus, avec une collègue de la médiathèque, on a monté « Les échos du Fipa », qui sera désormais « Les échos du Fipadoc », une manifestation qui a lieu en mai, pendant laquelle on rediffuse nos coups de coeurs, que les films aient été primés ou non. À ce titre là, c’était une grande opportunité d’être dans la machine, pas seulement visionneuse mais dans la machine. La possibilité d’échanger avec des gens qui n’ont pas pas la même optique que moi, c’est très enrichissant. Et puis, avec les deux autres membres du jury, Noémie Benayoun qui est responsable création production diffusion à l’agence régionale ACLA Nouvelle-Aquitaine, et Félicie Roblin, qui est productrice à Zadig, nous portons des regards très différents sur les oeuvres.

Au delà de la production artistique, les documentaires de la catégorie « impact » manifestent une volonté d’engagement. Est-ce le rôle d’un documentaire de dénoncer ?

Dans cette catégorie oui, il faut dénoncer. Mais pour moi, il n’y a pas de devoir du documentaire. Par contre, un documentaire sur la qualité de l’eau ne peut pas ne pas dénoncer. Le fond de cette catégorie, c’est soit que le docuemntaire dénonce, soit qu’il ouvre le propos. Cette catégorie est d’ailleurs d’autant plus utile pour clarifier le propos d’autres documentaires diffusés lors du festival. C’est vraiment des films engagés. Tous sans exception.

Certains documentaires de la catégorie « Impact » comme Les promesses en plastique de Coca-cola sont réalisés par des journalistes. Est-ce aussi l’une des missions du journaliste selon vous ?

Tout dépend de ce qu’on entend par « dénoncer ». Attaquer gratuitement, ce n’est plus le devoir du journalisme. Mais je crois que c’est le devoir d’un journaliste d’être impliqué. Je ne crois pas qu’un journaliste puisse être à 100 % objectif. Ce ne sont pas des experts. Je crois que la mission d’un journaliste c’est surtout la transcription et la médiation.

Jusqu’où peut-on aller dans l’implication et la dénonciation ? N’y-a-t-il pas une limite à ne pas franchir ?

Je pense qu’il y a une façon d’amener les choses. Quand on est spectateur, on voit immédiatement si l’image choc est utilisée gratuitement ou si elle est utilisée pour amener quelque chose. Il y a un documentaire que j’ai vu il y a très longtemps qui portait sur un coup d’Etat en Afrique. C’était la première fois que je voyais à la télévision quelqu’un se faire tirer dans la tête. Dans le documentaire, ça avait toute sa justification. Par contre, il y a certains films qui abusent sur les effets de caméras et la ralentis, qui selon moi, n’apportent rien au propos. L’important et la question qu’on doit se poser quand on réalise un documentaire, c’est qu’est-ce-qu’on fait du matériau qu’on a ? Mais je reste convaincue qu’un documentaire doit être un bel objet. Cela reste une oeuvre d’art avant toute chose. Il faut juste trouver un équilibre entre la forme et le fond.

Caroline Robin

À propos Caroline Robin

Journaliste spécialisée santé à Capital.fr en alternance avec le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ) de Paris. Diplômée du master journalisme de Sciences Po Bordeaux (promo 2019) et de la licence sciences de l'information et de la communication de l'Institut des sciences de l'information et de la communication (Isic) de l'Université Bordeaux Montaigne (promo 2017).

3 comments on “Pour Marion Sibers, « c’est le devoir d’un journaliste d’être impliqué »

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