Jeune création

Pitcher son premier film, un art pas si simple

Le 24 janvier, huit jeunes talents néo-aquitains ont tour à tour présenté devant un panel de producteurs et diffuseurs régionaux. Défendre leur projet est une tâche essentielle dans leur carrière, et pourtant, ils n’y sont pas toujours préparés. Ils racontent le stress et le travail pour arriver à vendre leur toute première oeuvre documentaire.

Ils étaient huit jeunes créateurs de 25 à 37 ans devant une dizaine de producteurs venus repérer les futurs talents du documentaire. Intimidés, ils avaient la pression. Pour la première fois, ils tentaient de vendre le projet sur lequel ils planchent depuis des mois, voire souvent, des années. Finalement, tout s’est plutôt bien déroulé, et l’assemblée s’est montré intéressée par les visions de ces jeunes premiers.

Pour assurer leur succès, deux coachs les ont pris en charge durant une journée, la veille de leur présentation. Au programme, écriture d’un discours clair et précis, auprès d’une réalisatrice et d’Olivier Daunizeau, script doctor. Son travail, accompagner les documentaristes dans l’écriture de leur œuvre. Selon lui, deux aspects sont primordiaux pour vendre un bon pitch : « Le schéma et la dramaturgie sont les deux clés pour transmettre aux producteurs l’idée du projet. Évidemment, il faut aussi expliquer ses intentions et les émotions que l’on veut faire passer au travers de ce documentaire ». Pour aider au mieux les huit présélectionnés, leurs coachs ont eu accès à leur dossier artistique, plus détaillé, où ils décrivent les visions qu’ils ont déjà sur leur projet. « Un bon documentariste, il doit savoir prédire l’avenir, avoir une vision de ce que sera son sujet au moment où il le filmera ».

Cette aide était la bienvenue pour les créateurs, tous un peu perdus face à un moment capital pour lequel il n’existe aucun mode d’emploi. « On ne l’apprend pas en école. On ne nous apprend pas à écrire un pitch, à le vendre », explique Pauline Lacotte, qui présentait Ni morts, ni vivants, sur le quotidien d’une unité médicale pour patients en état végétatif. L’aide des deux professionnels était donc la bienvenue pour « définir les points forts des projets ». « C’est la première fois que je défendais mon idée de documentaire devant autant de gens. C’est forcément impressionnant ».

Léo Lagrafeuille, lui, n’est pas issu d’une école, mais du Bureau des Auteurs et Projets de l’ALCA, agence régionale de soutien à la création. Originaire de Pau, il projette un documentaire sur un jeune excentrique de La Rochelle. « J’étais très fébrile. Je me suis presque remis en question au moment d’écrire le pitch. Est-ce que j’étais vraiment prêt ? On n’est pas à l’aise dans cette situation ». Face à un projet mûri depuis parfois plus de 5 ans, difficile d’en dessiner les contours en seulement quelques minutes.

Zoé Liénard. Crédit : ScPoBx Fipadoc2019

Même constat de stress pour Zoé Liénard, pourtant la plus expérimentée du groupe. À 37 ans, elle a derrière elle un passé de quinze ans en tant que monteuse. Mais elle est venue à Biarritz avec un objectif pour son projet Les échappées : « Prendre des contacts. Je ne cherche pas forcément à vendre mon projet, plutôt à rencontrer des producteurs, des diffuseurs. S’il y a des gens intéressés, tant mieux ! » Pour le moment, il lui est impossible d’évaluer le budget nécessaire à la bonne mise en marche de son documentaire, alors mieux vaut toquer à toutes les portes.

Pour ces jeunes, souvent diplômés de masters professionnels de Bordeaux (cinéma et archives) et de Poitiers (Créadoc), c’est l’entrée dans un monde parfois opaque, avec ses codes et ses impératifs, pas vraiment leur tasse de thé. « Mais réécrire tout mon pitch avec l’aide d’Olivier Dauzineau, cela m’a permis aussi de mieux définir le message que je souhaitais faire passer avec mon documentaire », admet Léo Lagrafeuille. Les jeunes talents régionaux sont parfois isolés et le Fipadoc, l’occasion pour eux d’un grand coup de projecteur, un tremplin auprès des producteurs.

Marianne Chenou

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