Compétition Jeune création

« Egal gibt es nicht » : Une militante allemande défie l’extrême-droite

Paulina Fröhlich est une jeune allemande de 25 ans. Durant un an, Florian Hoffmann, le jeune réalisateur de « Egal gibt es nicht » (en français « L’indifférence n’est pas possible ») a suivi le parcours de cette jeune militante qui lutte contre l’entrée de l’Afd, parti d’extrême-droite, au Bundestag. Une ode à l’engagement qui concoure dans la section « Jeune Création » du Fipadoc 2019.

 

Paulina a le regard vif, perçant, la voix enjouée, un peu enrouée par les cigarettes qu’elle enchaîne. Assise dans sa cuisine, elle raconte l’histoire de sa grand-mère, qui, pendant ses études a dû se nourrir pendant un an de pommes de terres et navets volés aux nazis pour ne pas mourir de faim. Paulina , elle, a un ordinateur,  un portable, une chambre chauffée. Et pourtant, elle aussi ressent le besoin de se battre.

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« Je ne comprends pas les jeunes qui ne s’engagent pas « , s’exclame Paulina. (Crédits Carmen Treichi)

 

Contre le silence, l’action

C’est sur cette jeune militante du mouvement « Kleiner Fünf » (Moins de cinq) que Florian Hoffmann a braqué sa caméra. Un mouvement récent, jeune, qui lutte contre l’extrême-droite prenant position contre « l’inimitié et la haine ». Avec « Arlette: Mut ist ein Muskel » (Arlette : le courage est un muscle), le jeune réalisateur avait déjà abordé le portrait féminin. Mais avec « Egal gibt es nicht », c’est surtout l’engagement politique qui est abordé, dont Paulina se fait la porte-parole.

Le réalisateur filme Paulina pendant un an, suivant la campagne du mouvement « Kleiner Fünf » mais aussi les pérégrinations d’une jeune engagée, se débattant face à l’indifférence collective. On suit la jeune femme lors des réunions du mouvement, majoritairement composée de jeunes, affinant leur stratégie sur les réseaux sociaux.

Dans un bar berlinois, Paulina s’exprime au micro, devant un parterre de jeunes branchés. « Nous nous devons d’agir, face à un parti discriminant, qui veut exclure les minorités », annonce-t-elle avec emphase. Un jeune homme se lève alors. « Je crois profondément en la démocratie, mais face à la droite c’est impossible de parler ! On ne peut pas communiquer avec eux ! » Paulina ne se démonte pas. « On ne peut pas nier en bloc toute la droite et dire qu’on ne peut pas parler avec eux, il faut comprendre leurs idées, pour mieux les contrer » , répond la jeune femme. Les applaudissements fusent. Belle, jeune, dynamique, elle rallie et convainc.

Paulina dansant à un concert de rock, Paulina les yeux embués de larmes lors  d’un rassemblement de l’Afd, Paulina distribuant des tracts dans un parc d’une banlieue allemande. La force, l’énergie, l’altruisme, une sorte d’aura que la jeune femme dégage et qui captive ses interlocuteurs comme les spectateurs. L’image de la jeune femme est présente partout: sur les tracts, sur le site du mouvement. Porte-parole ou égérie, le spectateur finit par s’y perdre.

« C’est notre époque, c’est à nous d’agir ! »

Ce documentaire est aussi une plongée au coeur d’une Allemagne divisée, qui se retrouve, dans un malheureux écho à l’Histoire, à se tourner vers un parti d’extrême-droite. Florian Hoffmann filme la région de Mecklebourg-Poméranie-Occidentale, où l’Afd remporte 21,4% des suffrages aux élections régionales de 2016. Une région isolée, où les « habitants de seconde classe ne se sentent pas représentés » comme le confie un habitant à Paulina, qui s’est rendue sur place.

« Quand on me demande pourquoi je suis aussi engagée, j’ai envie de demander mais pourquoi vous vous ne l’êtes pas ? » se questionne Paulina.

« Peut-être qu’il y a aujourd’hui trop de demandes, d’autres passions qui prennent de la place. (…) Mais, moi je ne peux pas rester sans rien faire, c’est notre époque, c’est à nous d’agir !’ 

Le film se termine sur le perron du Bundestag, assemblée parlementaire allemande, en septembre 2017. L’Afd a remporté 93 sièges sur 709. Un record historique. Initié par « Kleiner Fünf », un rassemblement s’est formé devant l’imposant édifice berlinois. « Nous allons faire quatre minutes de silence, pour les quatre années à venir », annonce Paulina dans un mégaphone, en référence à la durée de mandat des députés.

La scène finale se fige sur Paulina, le sourire aux lèvres, faisant face à ce haut lieu du pouvoir fédéral allemand, véritable Marianne du Rhin. « Egal gibt es nicht » se veut un hymne à l’engagement, à l’action. Paulina hypnotise la caméra et le spectateur, se faisant la muse d’un message politique. Le spectateur, sous le charme, fait comme les autres membres de « Kleiner Fünf ». Il sourit et acquiesce, est prêt à la suivre partout.

 

Océane Théard

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