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3 questions à Alisa Kovalenko, réalisatrice de Home Games

Cette réalisatrice ukrainienne présentait mercredi 23 janvier 2019 son film « Home Games » au Festival international du documentaire, à Biarritz. Il raconte la vie d’Alina, qui élève ses frères et soeurs tout en s’entraînant intensément pour faire carrière dans le football.

Comment avez-vous choisi Alina comme héroïne ?

Ma cousine est une ancienne joueuse de foot, elle jouait dans l’ultime équipe d’URSS. Cela faisait partie de mon enfance, aller la voir jouer notamment, dès mes 5 ans. Cela m’a ouvert de nombreuses portes pour pénétrer le milieu du football féminin en Ukraine.

Je connaissais ce milieu, il est peuplé de jeunes filles qui viennent souvent de familles pauvres. Le football pour elles, ce n’est pas juste un sport, c’est un avenir, une élévation sociale. Je cherchais une fille de 20 ans qui me rappelle ma cousine. Il se trouve qu’à Kiev, il n’y a qu’un seul club de football féminin. Donc j’ai contacté leur coach, Alla, pour assister à un entraînement. Elle a accepté et m’a tout de suite parlé de l’histoire d’Alina. Je suis allée la voir et je lui ai parlé de mon projet. Elle a accepté assez rapidement.

Alors que vous veniez de démarrer votre projet, la mère d’Alina décède brutalement. En quoi cela a-t-il changé votre ligne directrice ?

Ça a tout changé. Mon projet initial était de parler de la relation d’Alina avec sa mère. Elle voulait vraiment que les choses changent, notamment pour son frère et sa sœur. Mais finalement, au bout d’un mois de tournage, elle est décédée, avant même que je n’aie pu la filmer.

Donc je me suis retrouvée avec un seul événement, qui a influencé toute mon idée de départ. Cela change toute la vie d’Alina. Son rêve de football est mis entre parenthèses parce qu’elle doit se battre pour son frère et sa sœur. Mon documentaire est alors devenu plus social, sur son combat pour vivre mieux, s’occuper au mieux de sa famille.

Justement, vous avez accompagné Alina dans des moments difficiles, comment avez-vous fait pour rester à votre place de réalisatrice malgré ces événements ?

C’était très compliqué. C’est presque devenu une amie au fil du temps. J’ai payé pour les funérailles de sa mère, ils n’avaient pas les moyens de payer ne serait-ce que le cercueil. J’étais là lorsqu’Alina a appris la mort de sa mère, et j’en tremblais. J’ai lâché ma caméra, parce que je ne savais tout simplement pas comment filmer cette tragédie. Mon rôle était de filmer la scène de manière objective, et je n’y arrivais pas. Je me suis dit, peut-être je ne suis pas une bonne réalisatrice si je n’arrive pas à mettre de la distance. C’est très difficile d’établir une limite.

Au fur et à mesure, j’ai appris à faire la différence entre ce que je devais montrer, et ce que je pouvais omettre sans entraver le bon déroulement du documentaire. Mais il n’y a pas de bonne réponse à cette question, on le gère chacun de façon très personnelle.

Pour lire notre article sur son documentaire, c’est par ici

Marianne Chenou

2 comments on “3 questions à Alisa Kovalenko, réalisatrice de Home Games

  1. Ping : Home Games : Cendrillon aux crampons – Champ / Contrechamp

  2. Ping : Entretien avec Stéphane Siohan, journaliste et producteur – Champ / Contrechamp

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