La vie du festival

Fipadoc démocratise la réalité virtuelle dans le monde du documentaire

Au coeur du festival documentaire de Biarritz, la Fipasmart « laboratoire des tendances technologiques et créatives » propose une expérience des plus inédites. Voyager et interagir dans un documentaire grâce à la réalité virtuelle, du jamais vu jusqu’alors. Parmi les multiples expériences, deux sortent du lot. Nous les avons testé pour vous. 

Ahmaied regarde le bambin déambuler avec fierté : « c’est mon petit-fils, il a un an et demi et il marche déjà ». Il m’a laissée entrer dans son intimité, sa maison, sa famille, pour me raconter son histoire. Celui d’une homme à la fois père, mari et grand-père, qui vit à Fallujah en Irak.

Ainsi, je suis à ses côtés lors du repas, et la seconde d’après, dans les ruines de sa maison. Retour en 2017, la scène précédente s’est évaporée. Ahmaied venait de me faire revivre un de ces moments qui n’existent plus… sauf en réalité virtuelle. Le documentaire Home after war est un prélude à cette technologie qui se développe un peu plus chaque jour.

Mettre le spectateur au coeur de l’action

Cette expérience, nous l’avons testée au Fipadoc, Festival du film documentaire de Biarritz, édition 2019. Cette nouvelle façon de visionner le cinéma documentaire est en plein boum. Depuis trois ans, la start-up Hervé  s’associe au festival pour faire vivre l’image autrement. Casques de réalité virtuelle, web-série, échanges de sms avec une jeune syrienne … Toutes les nouvelles technologies sont mises au service du spectateur, pour l’immerger au mieux dans le monde qu’il découvre.

 

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Crédit photos : A. Thibault

« Ce sont des machines à empathie » déclare Cherine Lakhdar, co-fondatrice de Hervé.       « Elles sont là pour faire passer un message, de façon plus forte, plus puissante que d’habitude ». Une autre forme de story-telling (ndlr façon de raconter les histoires en anglais), qui n’en est qu’à ses balbutiements.

En effet, ces nouvelles technologies ne sont pas forcément à la portée de tous. En témoigne Home after war, disponible soit en festivals (Mostra de Venise, Fipadoc) soit chez soi mais en ayant déboursé une certaine somme : les casques de réalité virtuelle ne rentrent pas dans le budget de tout le monde.

Des documentaires qui font voyager

Pourtant, ces expériences uniques ne demandent qu’à être accessibles au grand public. Damien Gires, l’autre fondateur de Hervé, le reconnaît “le chemin est encore long ». Mais prometteur. Pour lui “la réalité virtuelle au cinéma n’est que la partie émergée de l’iceberg, dans l’industrie, le tourisme et la formation, ce nouveau mode de vie, car oui ! c’en est un ! Tend à se développer, c’est certain !”.

Et pour le futur, on voit grand : une mise en abîme encore plus poussée. Vivre à plusieurs des expériences de réalité virtuelle : “ Imaginez, donner rendez-vous à vos amis, de Berlin à Londres et se retrouver au coeur du même musée, au même moment et pouvoir le visiter ensemble, ça serait incroyable” s’enthousiasme Damien Gires.

Aujourd’hui, l’expérience est déjà convaincante. Avec un casque de réalité virtuelle comme avec un simple téléphone portable, on peut vivre de multiples expériences, voyager et découvrir de nouvelles histoires.

“Prends soin de toi, ne t’avise pas de mourir avant moi”

Nouveau format testé : le téléphone portable. D’un média à un autre et d’un pays à un autre, Bury me, my love (Enterre-moi mon amour) construit un pont entre l’Allemagne et la Syrie au travers d’un échange de sms entre amants. Le jeu nous fait vivre les dix jours du périple de Nour qui fuit son pays pour rejoindre son mari réfugié outre-Rhin, Majd, que nous incarnons en tant que joueur. “Prends soin de toi, ne t’avise surtout pas de mourir avant moi”: la phrase est adressée par Majd à sa femme avant son départ et prend tout son sens au fil du voyage.

On a l’impression de si bien connaître Nour que, minute après minute, jour après jour, on se prend au jeu. On cherche réellement à la conseiller et à l’aiguiller sur le bon chemin. On réfléchit à nos réponses, qui restent tout de même pré-écrites, on vit la fusillade de son bus en direct, le passage de la frontière libano-syrienne, sa nuit dans un hôtel miteux où elle a vu « crapahuter un cafard ». On ne regarde pas un documentaire, on le vit. Et au-delà de ça, on l’impacte par cette écriture interactive.  

Jeu disponible sur toutes les plates-formes de téléchargement d’applications pour moins de quatre euros, Bury me, my love est une coproduction Arte avec les studios The Pixel Hunt et Figs. Preuve qu’il est possible de se réinventer dans la façon d’informer. C’est aussi un bon prétexte pour apprendre au joueur l’histoire récente de ces contrées lointaines, et pourtant si proches par leur actualité.

A.Thibault et M.Boyer

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